Enchantés par « L’aube sera grandiose »

La rentrée littéraire nous promet encore bien des surprises. Chaque année, il y a les livres qu’on attend, annoncés en grand pompe, et ceux qui grâce au bouche à oreille prennent leur place petit à petit. Et puis, il y a les auteurs que l’on connaît, que l’on suit mais dont le nouveau texte parvient à nous enchanter au-delà de toute attente.

C’est le cas avec le dernier roman de Anne-Laure Bondoux qui porte un titre absolument magnifique. L’aube sera grandiose pourrait être le premier vers d’un poème.

Elle vient de recevoir d’ailleurs, il y a quelques jours, le prix Vendredi. Première édition de ce prix jeunesse, créé en hommage à Michel Tournier, qui se veut l’équivalent du Goncourt. Une très belle entrée en matière pour ce roman qui arrivera dans les libraires du Québec la semaine prochaine. Face à l’enthousiasme de Nicholas Aumais, complètement bouleversé par sa lecture, je lui ai demandé de se commettre et de rédiger un billet.
Il l’a fait avec plaisir. Lisez-le et vous comprendrez que ceux qui l’ont lu ne sont plus tout à fait les mêmes.


La critique de Nicholas Aumais :

Encore une fois, Anne-Laure Bondoux aura su me chavirer à travers un autre roman bouleversant. Une inoubliable discussion entre une mère et sa fille de bientôt seize ans qui débute un vendredi à 22h00 dans une cabane au bord d’un lac pour se terminer le matin suivant. Une nuit blanche remplie de vérités longtemps refoulées et enfin dévoilées… et malgré les montagnes russes d’émotions, je vous le jure, l’aube sera en effet grandiose!

Eh bien…, je voudrais comprendre pourquoi tu as été « obligée » de me mentir pendant seize ans. Et pourquoi, d’un seul coup, tu n’es plus obligée.

C’est ce que Nine, bientôt seize ans et nageuse étoile ou presque, demande à sa mère, Titania Karelman, auteur de polars. Mais avant le grand dévoilement, il faut commencer au début.

Cette histoire commence là, juste après l’embranchement entre Saint-Sauveur et Beaumont, sur la départementale qui traverse le plateau. Nous sommes fin juin, à la tombée de la nuit. La voiture ralentit, quitte la route principale, bifurque vers un chemin forestier mal entretenu, puis s’enfonce pleins phares sous le tunnel des branches pour descendre en direction du lac.

D’abord, il faut comprendre que Nine est furax de se retrouver dans cette cabane inconnue. Elle manque une fête au lycée quand même! Et sa mère ne lui a même pas dit pourquoi elle l’y emmenait. Mais l’heure n’est pas à la fête. L’heure est à la vérité.

Elles arrivent donc à la cabane, après 5 heures de route. La dernière fois que Titania y a mis les pieds remonte au XXe siècle. Cette dernière n’a d’ailleurs jamais parlé de l’endroit à sa fille. Étrangement, un plat de lapin chasseur les attend sur place, ainsi qu’une lettre annonçant qu’ « ils » seront là demain. Nine ne comprend plus rien. Mais qui ça, « ils »?

C’est à ce moment que Titania invite sa fille à s’asseoir. Elle lui dit qu’elle a une histoire à lui conter. Une longue histoire. Son histoire. Il y a trente ans, un samedi, justement lors d’une nuit blanche, la vie de Titania a basculée…

Il faut remonter à juillet 1970. À cette époque, Titania s’appelait encore par son vrai nom, Consolata. À cette époque, Rose-Aimée, la mère de Consolata, venait de perdre son emploi et elle avait pris la clé des champs avec ses enfants, loin du squat où ils demeuraient. Elle rencontre un pompiste, Jean-Ba, et peu après elle s’installe avec lui, en compagnie de Consolata et ses deux petits frères jumeaux, Octo et Orion.

Nine comprend alors qui sont ces « ils » qui arriveront demain… mais sa mère ne lui avait-elle pas toujours affirmé que sa propre mère était morte?

Mais c’est dingue, merde! On dirait que tu me racontes tout ça comme si j’étais… je sais pas! Une de tes lectrices, tiens! Tu me jettes à la figure des noms, des dates, des souvenirs, bing, bing, bing. Mais je ne suis pas une lectrice, je te rappelle! JE SUIS TA FILLE!

Titania savait que la nuit serait longue. Et son histoire doit continuer jusqu’à la fin (émotions fortes garanties!)

Mais que peut-il bien être arrivé à la mère de Nine en ce fameux samedi? Un incendie. Consolata a réussi à sauver un des jumeaux à temps, mais le second a souffert de séquelles permanentes. Après l’incendie, quelque chose s’est éteint dans les yeux d’Orion.

Pour une raison à ce moment inconnue (il faut lire pour tout savoir!), Rose-Aimée quitte Jean-Ba pour le docteur Vadim Bores. Après 5 ans de véritable vie de famille remplie d’amour, Rose-Aimée annonce à ses enfants qu’il faut quitter de chez le docteur cette fois, et vite. Mais pourquoi?!

Cependant, peu importe le vagabondage, des questions persistent dans la tête des enfants (normal!). Bien qu’ils sachent (qu’ils pensent plutôt… mais je n’en dis pas plus!) être nés de pères différents, Consolata et les jumeaux se demandent qui peuvent-ils bien être… et attendez de lire leurs scénarios autour de cette question!

Quant à nos pères respectifs, d’après elle, ils étaient morts aussi. L’un d’une maladie du cœur (le mien), l’autre après un saut malheureux en parachute (celui des jumeaux). Ce n’était plus une famille que nous avions, c’était une hécatombe.

Chers lecteurs, vous devez savoir que toutes ces étapes sont vécues avec grandes émotions de la part de Consolata et ses frères, et l’espace me manque pour vous en remettre tous les détails, parfois douloureux.

Nine, d’abord toujours fâchée de manquer la fête et fermée à la discussion, semble s’ouvrir peu à peu à sa mère, à mesure que celle-ci dévoile les récits de sa jeunesse. Et un déclic se fait entre Nine et Titania lorsque sa mère lui parle d’une histoire d’amour d’adolescence… une situation similaire à ce que vit Nine au lycée (les générations changent peut-être, mais les expériences qui viennent avec la vie au lycée demeurent les mêmes, encore et toujours!).

Consolata a mis les pieds dans cette cabane pour la première fois alors qu’elle avait l’âge actuel de Nine (tiens donc!). Mais pourquoi Rose-Aimée a-t-elle dû acheter cette demeure perdue de vue au bout d’un chemin? Sachez au moins que, malgré les déménagement, le chômage et plus encore, Rose-Aimée a toujours eu un plan.

… entre 1981 et 1986, il y a eu ces cinq étés sauvages et libres, qui nous ont définitivement attachés à ce lieu. Notre refuge. Notre secret.

Le goût de Consolata de devenir écrivain est né de ces années à la cabane. Vous comprendrez en lisant. Mais vous saisirez également qu’en effet, les trois enfants n’ont qu’un seul et même père, un criminel du nom de Pietro Pasini. Et ce personnage vous permettra de comprendre pourquoi Rose-Aimée devait quitter subitement les hommes qu’elle aimait.

Et que dire de ce fameux soir, où Rose-Aimée a ouvert devant ses enfants des sacs et des valises contenant au total… 10 millions de francs! Pour la fin de l’histoire, il vous faudra attendre l’aube, comme Nine. Il faut faire vite, les « ils » vont arriver à tout moment!

Mais L’aube sera grandiose, c’est plus que ça. Je ne sais comment vous l’expliquer. Il vous faut le ressentir. Ce roman, c’est plus qu’une discussion entre une mère au passé complexe et une fille de notre temps avec ses réactions et préoccupations d’ado, non. C’est aussi les idéologies des jeunes Français au temps de l’adolescence de Consolata, l’élection de Mitterrand en mai 1981, la mort de Coluche en 1986, la chute du mur de Berlin en 1989, et beaucoup plus encore!

Et bien que Consolata et Titania soient les prénoms d’une même personne, cette dernière vous dira qu’elle ne l’est plus tout à fait…

Bonne lecture!

 

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