Michel Van Zeveren : Un dessinateur drôle et talentueux avec un cœur d’artichaut !

Michel Van Zeveren
Un dessinateur drôle et talentueux
avec un cœur d’artichaut !

Michel Van Zeveren ne fait pas des albums pour qu’ils soient lus par les enfants mais pour qu’ils leur parlent. Depuis 20 ans, une chose est sûre, il les fait rire. Il ne cesse d’inventer des histoires cocasses et de mettre en scène des personnages loufoques qui les ravissent.

Mais attention à ceux qui croient que sa recette, bonne à tous les coups, ne reposerait que sur le comique de situation. Si cela fonctionne, c’est parce qu’il travaille aussi les décors et les ambiances. Preuve en est La porte, un album sans texte dans lequel une petite fille cochon tente de trouver un peu de tranquillité dans la salle de bain. Mais c’est sans compter sur tous les membres de la famille qui défilent. Entre ceux qui passent pour un petit pipi ou pour prendre un bain, on comprend bien sa frustration. La salle de bain devient le théâtre de scènes amusantes jusqu’au moment où elle pourra poser sa culotte sur le bord de la baignoire, enfin seule ! Un album idéal pour parler avec légèreté mais sincérité de l’intimité.

 

L’auteur porte également une attention particulière au rythme du texte et à la langue. Dans C’est pas grave, Petit Lapin se fait dire par sa maman, alors qu’il a renversé son verre de lait, Oh drame, que « ce n’est pas grave ». Dès lors, il ne cessera de vivre des situations dramatiques allant jusqu’à se faire avaler par un loup en disant « ce n’est pas grave ». Michel Van Zeveren explore tout le potentiel comique de cette réplique, souvent utilisée par les parents, parfois à tort selon les enfants. À la découverte de chaque situation, l’enfant scandera en chœur avec le narrateur : « c’est pas grave » se moquant, à son tour, des adultes.

 

 

Michel Van Zeveren, se met tantôt à la place des enfants, tantôt à celle de l’adulte, jouant sur ce décalage et cette alternance.
Dans Et pourquoi ?, le grand méchant loup ne supportant plus cette question incessante du petit chaperon rouge finit par se faire harakiri. L’arroseur arrosé !

 

 

 

 

Et oui, il aime poser des questions. On ne peut pas en vouloir aux gens curieux. Dans Mè keskeussè keu sa ?, qui se déroule à l’époque préhistorique, des parents s’interrogent devant leur enfant qui vient de naitre : Mè keskeussè keu sa ? et leurs questions naïves sont posées dans une langue phonétique semblant, elle aussi, tout droit sortie d’une grotte préhistorique : « Kiki è dakodak avec Koko ! ».

 

 

Dans Je, tu, il m’embête, à l’autre extrême, il s’amuse de la polysémie du verbe embêter ou s’embêter. Il n’y a pas une seule manière de raconter une histoire. Chaque histoire, chaque thème impose sa couleur et ses personnages. Son dessin aussi s’adapte à son projet tout comme la forme narrative.

Dans la série des Raoul, il choisit la bande dessinée comme mode d’expression et nous offre des petites scènes d’une ou deux pages du quotidien familial de Raoul. Il s’empare des mots d’enfants glanés ici et là, de leurs réflexions et questionnements et nous plonge dans la famille de Raoul. Avec pudeur et drôlerie, on accueille sa petite sœur dans le 2e volume : Mais c’est une fille ! et on vit le deuil de la famille après le décès de Papipa, le grand-père de Raoul, dans le 3e volume : T’aurais pu prévenir avant de partir…( En librairie ! )

Avec humour et une certaine distance, il aborde tous les sujets même la naissance et la mort. La lecture de ses albums entraîne des moments de franche rigolage et suscitent de vraies discussions philosophiques.

Dans son plus récent album : Dessine-moi un petit prince, des moutons se questionnent sur l’art. Apparemment, c’est l’histoire simple d’un petit mouton qui voudrait savoir bien dessiner pour être populaire auprès de ses amis et de sa maman qui désire la même chose pour être admirée de son petit mouton. C’est toute la question de la subjectivité de la beauté de l’art qui est posée ainsi que la différence entre l’art figuratif et l’art abstrait. La beauté n’est-elle pas avant tout dans oeil de celui qui regarde ? C’est ce qu’illustre avec finesse cet album.

Ici comme dans toutes ses autres histoires, plusieurs niveaux de lecture bien sûr pour un partage du plaisir de lire des adultes et des enfants.

Une seule chose ne change jamais avec Michel Van Zeveren : il dessine toujours avec justesse et raconte toujours avec pudeur.

Il sera au Québec du 25 au 30 septembre en tournée dans les écoles.

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